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« DE L’AUDACE »… Une offensive médiatique

Le très discret Maire de Paris – aucune affaire de corruption, aucun scandale – sort de sa tanière. En force ! Officiellement candidat au Secrétariat du PS, il ne cache plus ses ambitions… présidentielles ? Tout est dans le livre



Le titre d’emblée donne le ton. Bertrand Delanoé, au travers de son dialogue avec Laurent Joffrin de Libération, veut convaincre, résolument.
Entre l’heure des bilans et celle des projets, c’est une forte personnalité qui s’affirme pour justifier le bien fondé de ses combats.
Paris-Plage : une idée novatrice…et sociale.
Le Vélib ? une victoire pour les moins riches et contre la pollution.
A quand l’autolib.. … qu’il annonce !
La grogne des conducteurs? Peu importe .. il a été réélu à une majorité écrasante.

A la conquête de la France

Ses projets pour Paris, et pourquoi pas, pour la France, il les présente comme le fruit d’un travail à la fois personnel et collectif. Il se pose en héraut de la démocratie participative, pas celle de Ségolène Royal, la vraie, la sienne.
Conquérir avant tout : Car le Maire de Paris, bien qu’il s’en défende, est fasciné par le pouvoir.
Il s’agit ici d’un plaidoyer passionné. Face à Laurent Joffrin, Bertrand Delanoé livre ses réalisations conquises de haute lutte pour une plus grande justice sociale, pour la mixité de la ville.
Ses souvenirs de militant, ses espoirs, ses certitudes jalonnent ce récit en forme de confession.
Ce sont les moments forts de l’ouvrage, sa part d’humanité.
Convaincu que la France et plus encore Paris se mesure à l’aune de ses immigrants et de sa diversité culturelle, il se veut humaniste, face au sectarisme et au rejet xénophobe. Quid dès lors du Ministère de l’Identité Nationale et des tests ADN ?
Nul ne s’étonnera ainsi qu’il les récuse au nom d’une France libre qui doit être avant tout un pays d’accueil comme le veut sa tradition.
Il avoue au premier chef l’immense sentiment de culpabilité né de la colonisation et peut-être, plus encore de la décolonisation. Tel est son tourment, la matrice, la source même de ses convictions politiques. On oserait dire, de sa foi.
La mixité est pour lui un fait prégnant de notre histoire et de sa propre vie : Né à Bizerte en Tunisie, il assiste aux événements liés à l’indépendance et en reste marqué.

Tolérant jusqu’à l’intolérance.

Laurent Joffrin lui en fait la remarque: Et donc, quand la droite fait des contrôles d’identité suivis d’expulsion, c’est une rafle. Mais quand c’est la gauche, c’est une reconduite à la frontière ...
Bertrand Delanoé lui répond : Je ne critique pas le principe des expulsions. Je condamne la politique du chiffre, cette logique strictement arithmétique qui réduit des individus à des éléments comptables
Mais encore ?
Force est de constater que, si Brice Hortefeux, Ministre de l’identité Nationale vise 20.000 expulsions par an, Lionel Jospin en pratiquait déjà quant à lui, 12.000. Il faut lire ces pages qui, mieux qu’un discours, témoignent de l’ambiguïté du sujet et de l’incertitude des solutions, prises en otage entre le politiquement correct et la réalité brute.

Un pouvoir vertueux ?

Il accuse – évidemment - le capitalisme financier, coupable de tous les maux, les spéculations boursières, les rémunérations insensées des patrons du CAC 40, les profits d’une poignée de nantis.
Face à ce postulat, il nous fait part de sa passion pour la social-démocratie, pour Mitterrand, Delors, Lionel Jospin. Avec Mendes-France, ce sont ses mentors.
Laurent Joffrin lui oppose des objections, Jospin a dissimulé son appartenance trotzkyste. Mitterrand a manipulé l’opinion sur son passé vichyste... il a protégé Bousquet, il a caché sa maladie.. Certes, mais cela ne change rien à son attachement « Il a menti, voilà tout… » Et l’intégrité alors ? Non, à eux, il faut donner l’absolution… Encore des passages à ne pas manquer.
Il distribue aussi quelques petites phrases assassines, (François Hollande) : « A force d’écarter tout le monde pour qu’il ne reste que lui, il est resté Ségolène Royal. Voilà toute l’histoire... » et des formules lapidaires : Le peuple ne choisit pas ceux qui ne savent pas choisir... La vertu sans l’habileté est impuissante. L’habileté sans la vertu est trahison. Une chose me gêne toujours dans les discours de Sarkozy : C’est leur côté triomphe romain... Bertrand Delanoé est sur tous les fronts : ancien enfant de chœur et athée, moraliste et stratège, homme d’honneur et tribun, social démocrate et libéral, écologiste et champion du management. Balayant ses propres contradictions, il veut concilier l’inconciliable.
Cet homme est un diable d’homme.
A tel point que l’on se demande : Mais quelle est la part de vrai cynisme, inévitable en politique ?
Puis on s’interroge : Comment est-ce possible ? Socialiste et libéral à la fois !

Socialiste et libéral

Frappant l’opinion, il rompt avec le discours de la gauche - qui, jusqu’en 1990, prétendait encore à l’appropriation des moyens de production. Pour lui, c’est une hérésie. Son credo : Ne pas nier la mondialisation, utiliser l’économie de marché mais pour assurer le bien –être de son prochain. Redistribuer les richesses… imposer plus de justice... Une utopie ? Sans doute…
Il revendique la pensée libérale au sens premier du mot et cite le propos de Mitterrand : « Nous avons bien tort de laisser l’adjectif "libéral" à la droite... »
Sa vertu, sa rigueur il les affiche haut et fort face à la politique « bling bling », et à la quincaillerie des privilèges.
Il lave plus blanc, se vante de ne pas être complaisant, de ne pas aider ses relations, d’être en retrait dans sa vie privée. Il se veut au fond incorruptible. En un mot, il fait son propre éloge. Avec brio.
Au delà, il est persuadé que personne aujourd’hui ne pourrait mieux incarner l’avenir de la gauche que lui. Et si c’était vrai ?

Axelle Bergé