Les variations énigmatiques du pétrole
Le prix du pétrole augmente, et rien ne semble devoir l’arrêter... Le brut a dépassé la barre des 130 dollars à New York. L’inquiétude croît, les causes varient d’un analyste à l’autre et les conséquences se multiplient. Les ports sont bloqués, les pécheurs font grève. Où en sommes-nous ?

Il grimpe, il grimpe le prix du pétrole... Avec un record par jour, en ces temps de festivals, on lui décernerait bien la palme... d’or noir ! Si noir, qu’il suscite les angoisses. D’autant que la célèbre banque d’investissement, Goldman Sachs, n’est pas rassurante. Elle estime que le baril de brut pourrait atteindre 200 dollars d’ici à 2 ans.
Un mouvement haussier
Le cours du baril connaissait un nouveau sommet à 135,09 dollars. En hausse de plus de 30% depuis janvier, il a plus que doublé en 1 an.
Pire encore, en 10 ans, il est passé de 40 dollars à plus de 130 dollars aujourd’hui. Les chiffres sont parlants. Les réactions sont vives. Et l’économie mondiale s’en ressent…
Dans la ligne de mire, les Etats-Unis subissent de plein fouet cette flambée des prix. De ce fait, le Président Bush a immédiatement sommé l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production. Des sénateurs américains ont même menacé de bloquer les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite pour le cas où elle refuserait : « Nous disons aux Saoudiens : si vous ne nous aidez pas, pourquoi devrions-nous vous aider ? », déclarait le sénateur démocrate de New York, Chuck Schumer. C’est chose faite depuis lundi 19 mai. Mais l’augmentation de 300 000 barils /jours promise par le ministre du pétrole Saoudien n’est qu’un acte isolé. Et n’a pas permis de faire baisser les cours. L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, quant à elles, envisagent un recours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : « Puisque nous disposons d’une institution comme l’OMC, alors il serait intéressant de vérifier s’il existe une possibilité de contrecarrer la spéculation, mais aussi les cartels », déclarait le Ministre Autrichien faisant référence à l’OPEP. Du côté de cette dernière justement, silence total ou presque. Aucune augmentation de production n’est prévue avant la réunion du cartel en septembre prochain.
Des marchés boursiers en berne
Dans ces conditions, la hausse persistante des cours donne des sueurs froides aux marchés et commence à handicaper certaines entreprises, à l’image d’Air France-KLM. En effet, sa valeur chutait de 17,7% la semaine dernière. Pour compenser, le groupe décidait d’une nouvelle surcharge sur les prix des billets d’avions –entre 2 et 10 euros, selon qu’il s’agisse d’un vol domestique, moyen-courrier ou long-courrier–.
Également pénalisées, les valeurs du secteur automobile ne sont pas au beau fixe. Peugeot perd 9,3%, Renault 8,6% et Michelin 6,2%. D’autres, en revanche, tirent leur épingle du jeu. Et pour cause, elles sont liées au secteur de l’énergie. EDF gagne 3,1%, Total 0,2% et Suez 0,9%.
Mais, ici, en France, c’est sur les ports et les routes que la hausse des cours se fait sentir.
Les pêcheurs en colère
Parce qu’à 1,41 euros, le litre de gazole – carburant le plus consommé en France –, atteint un record, les pêcheurs protestent. L’aide débloquée, mercredi 21 mai, n’a pas suffi à apaiser leur mécontentement. En grève pendant plus d’une semaine, les pêcheurs ont bloqué les ports de la façade atlantique et de la Méditerranée. Vendredi 23 mai, c’était au tour de la plus grande raffinerie française de pétrole (Normandie). Mais l’engagement écrit de Michel Barnier, Ministre de la pêche, sur la pérennité d’un mécanisme d’« aide aux équipages », permettant de ramener le coût du gazole à 0,40 euro le litre, a calmé les tensions. Aujourd’hui, les pêcheurs des Sables d’Olonne – qui avaient lancé le premier mouvement de révolte - suspendent leur action : « On n'arrête pas la grève, on la suspend. Si dans un mois, il n'y a rien (de concret), on remet la gomme », a prévenu José Jouneau, président du comité local des pêches. Un de moins donc. Mais leur colère a fait tache d’huile. La fédération des entreprises de transports et logistique de France exige également un plan d’urgence et menace d’entrer dans la danse. A qui le tour ?
Faustine Calmelet
Les chiffres clés du pétrole
Les deux références sur les marchés : Prix du baril de WTI (New York) : Prix des carburants à la pompe (source Ufip) :
| Demande mondiale (source Ufip) : Production mondiale - 2007 (source Ufip) : Capacité de raffinage (source Ufip) : |
NB: 1 baril = 159 litres; €/$ = 1,57
