Accueil

Un pas vers l’avenir ou une menace pour l’écostystème ?

La hausse du prix du pétrole et la question de son épuisement appellent inévitablement la recherche de solutions alternatives. Quid des substituts et des biocarburants ?




© James Steidl - Fotolia.com

« Ils n’ont plus de pétrole, eh bien, qu'ils achètent de l'essence ! », aurait dit Marie-Antoinette. Non ? Ou plutôt « qu'ils trouvent une autre énergie ! »
Sitôt dit… et toujours pas fait ou presque ! Si pour certaines productions énergétiques, il existe déjà des moyens de substitution – l’électricité à partir du nucléaire, notamment –, pour d’autres, c’est le flou artistique.
Faire la route 66 aux Etats-Unis ou faire décoller un A380, ce n’est pas si simple !
Principale utilisation du pétrole, le carburant est depuis toujours plébiscité. Et ce n’est pas terminé. La voiture hybride – métissant le gazole avec un peu d’électricité –, la voiture électrique ou encore, la voiture flex-fluel – au superéthanol – ont du mal à percer sur le marché automobile.
Et pour cause, la première, qui ne fait que recycler l’énergie provenant du freinage pour alimenter un moteur électrique d’appoint, reste largement dépendante du pétrole ; la deuxième pèche incontestablement par son manque d’autonomie. Avec beaucoup de bonne volonté, les conducteurs consentent à rouler à faible allure, mais il n’est pas question de recharger constamment la batterie. Exit, donc, la voiture électrique, pour le moment.
La dernière, quant à elle, devient la nouvelle bête noire des économistes à travers le monde.


Biocarburants ou sécurité alimentaire ?


Les biocarburants sont issus de produits alimentaires. Tournesol, colza ou soja sont ainsi utilisés pour la production de biodiesel – appelé diester en France –. Et canne à sucre, maïs ou blé pour celle du bioéthanol.
Mais le développement du « carburant vert » rend les terres cultivables rares, menace les ressources en eau – pour un litre de bioéthanol, il faut environ 4 000 litres d’eau – et semble contribuer à la hausse des prix. C’est en effet, la conclusion de Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation qui va même jusqu’à comparer la production de biocarburants à un « crime contre l’humanité ».
Deuxième exportateur mondial de biocarburants issus de la canne à sucre – derrière les Etats-Unis -, le Brésil s’en défend. Pour son Président, Luiz Inàcio Lula da Silva, « c'est un mythe ». Il accuse les pays développés de mentir face à un « Brésil émergent » et menaçant. Et pourtant, les exploitations de canne à sucre, empiètent largement sur les cultures de haricots rouges, l’un des piliers de la nourriture brésilienne.
Aux Etats-Unis, la production d’éthanol issue du maïs, soutenue par des subventions de l'ordre de 6 milliards de dollars par an, s'est traduite par le détournement des exportations vers les usines de production. Premier perdant : le Mexique pour qui le maïs est l’aliment de base. Et selon l'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), les quantités mondiales de blé utilisées pour produire des carburants vont augmenter de 40% cette année.
« Les bioénergies ont déplacé en 2006 à peu près 100 millions de tonnes qui, normalement, se seraient reportées sur le marché des produits alimentaires », explique Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, pour le Figaro. « Ces nouvelles demandes de maïs, de canne à sucre pour l'éthanol, de soja, d'huile de palme pour les biodiesels font disparaître des produits des marchés alimentaires. »


Retournement de situation


Encore récemment privilégiés dans la lutte contre le réchauffement climatique, les biocarburants sont aujourd'hui mis en cause dans l'aggravation de la crise alimentaire mondiale. Un vent contraire commence à souffler au sein de l’Union européenne. La frilosité est, aujourd’hui, de mise. L’Allemagne a renoncé à une augmentation supplémentaire de la part de biocarburant dans l'essence classique. Le gouvernement britannique déclare, quant à lui, qu'il tentera de modifier les objectifs que l'UE s'est fixés - 10 % de biocarburants dans la consommation totale en 2020 – s’il est prouvé que leur développement fait augmenter les prix des denrées et ne profite pas à l'environnement.
En France, le plan biocarburcants, lancé en 2005 par Jean-Pierre Raffarin, ne provoque plus le même enthousiasme. Loin s’en faut. Aujourd’hui, il est question d’agrocarburants – glissement sémantique lié aux critiques sur leur bilan écologique – de deuxième génération (ceux issus de source ligno-cellulosique - bois, feuilles, paille, ... -). Les Français préconisent désormais le développement de la recherche sur ces nouvelles énergies. Quoiqu’on imagine, donc, les ressources naturelles vont être mises à contribution. Comment produire de l’énergie sans mettre en danger l’écosystème ? On en appelle aux spécialistes.


Faustine Calmelet