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La Dernière Reine

Vedette pour un temps des Galeries Nationales du Grand Palais (du 15 Mars au 30 Juin 2008) Marie-Antoinette est magnifiquement mise en scène. Et cette représentation totalement théâtrale, nous la devons à un spécialiste de l’opéra, Robert Carsen.



Marie_Antoinette

Passant d’une somptueuse solennité au dénuement et à l’obscurité, la mise en scène et les décors ont d’emblée pour vocation de conduire le visiteur jusqu’au dénouement tragique.


Ici, l’art est témoin de l’histoire et concourt à l’angoisse latente qui étreint le visiteur face à l’apogée - symbolisée par les portraits aux merveilleuses couleurs de la Reine par Mme Vigée-Lebrun - puis la chute de Marie-Antoinette représentée par la sobre esquisse en noir et blanc de David, lorsqu’elle se trouve mains liées sur le tombereau qui la conduit à son exécution, vieillie prématurément, déchue et privée de tout, hors la dignité et le courage que l’on a dit exemplaires.


La mort transforme la vie en destin. Cela est particulièrement vrai de cette dernière reine qui a su dans sa si courte vie (37 ans), imprimer sa marque personnelle à un Versailles vieillissant, corrompu par les débauches de la noblesse et les moeurs licencieuses de Louis XV le prétendu « Bien Aimé », honni par le peuple en fin de règne, et auquel Louis XVI trop jeune et sans stature, a bien du mal à succéder.


Une Reine au destin tragique
La future Reine, issue de la Cour d’Autriche, est elle aussi très jeune, trop jeune quand elle arrive en France : 14 ans.


C’est dès lors un parcours plein d’embûches et d’intrigues qui l’attend.
Que d’erreurs de stratégie, d’alliances et d’amitiés trop hâtivement nouées, qui déplaisent.
Que dire enfin de l’influence de sa mère, l’Impératrice Marie-Thérèse, qui travaille en sous main à soumettre le destin politique de la France à celui de l’Autriche, et à faire prévaloir les Habsbourg sur les Bourbons.


Autant de pièges qui vont jalonner la vie de la Dauphine puis de la jeune Reine.


Promue au rang suprême, Marie-Antoinette crée le scandale. Malgré l’éducation qu’elle a reçue, entrer en majesté n’est pas son propos. Elle veut vivre sa vie.
Elle brise les tabous, brave l’étiquette, snobe la vieille noblesse et même le Roi qui s’en accommode, lui, dont on raillera la faiblesse mais qui lui sera toujours solidaire.


« Ici, je suis moi »
Jusqu’à ses tenues de bergère – comme celle peinte par Mme Vigée-Lebrun représentée au Salon de1783 et qui fait scandale - qui sonnent comme une insulte aux soyeux lyonnais, fournisseurs traditionnels de la Cour.
Tout comme choquent les pièces de théâtre où elle joue des rôles de suivante, les « fêtes » auxquels seuls ses amis, telles la Princesse de Lamballe et la Comtesse de Polignac, et des privilégiés, sont conviés et qui accréditent dès lors la pire calomnie.
Elle invente le concept de « Vie privée » au sein du petit Trianon et du Hameau de la Reine dont l’Exposition donne l’image en trompe l’œil et où elle dira « ici, je suis moi ».


Décoratrice avant l’heure, elle adopte le chic des lignes droites et des tons pastels et impose son goût, mieux, elle impose un style.


Elle délaisse les jardins de Le Nôtre pour le jardin à l’anglaise, l’Architecte Mique et Hubert Robert, préfère Glück à Piccini, privilégie les réalisations de l’Ebéniste Riesener comme le secrétaire à cylindre en nacre et les sièges épurés de Jacob montrés à l’Exposition, collectionne les objets élégants, se passionne pour l’art d’Extrême orient.
On lui reprochera le coût dispendieux de cette fausse simplicité et plus encore, de refuser d’assumer son personnage public.


Certes, Marie Antoinette, « mieux que belle », aime être fêtée et aimée – comme en témoignent les représentations de sa personne en peinture et en sculpture, et les trois héritiers qu’elle a donnés au Royaume – mais se soucie comme d’une guigne de l’opinion publique
Erreur qui lui sera fatale même si les mots odieux qu’on lui a prêtés « S’ils n’ont pas de pain, ils n’ont qu’à manger de la brioche » sont apocryphes.


Ses relations amoureuses avec un Suédois Fersen, elle que l’on voit déjà comme une étrangère et bientôt comme une ennemie, signent sa trahison.
Les libelles injurieux et les caricatures qui la diabolisent se répandent comme un incendie.
C’est le crépuscule des dieux et le descente aux enfers.


Le parcours de l’exposition devient fascinant, comme sont désormais dérisoires les bibelots et les meubles précieux qu’elle affectionne, icônes d’un temps révolu, tandis que le tonnerre gronde et que la révolution est en marche.
La lumière disparaît et les vitres se brisent. C’est l’affaire du « Collier de la Reine » reconstituée pour le visiteur, et le « Coffre aux diamants », symbole des dépenses somptuaires de la Reine, insupportables face aux finances obérées de l’Etat et à la ruine du pays.
Marie-Antoinette est compromise, le Cardinal de Rohan, acquitté. Une page se tourne.


« Le Roi a un seul homme. C’est sa femme. »
A l’heure où la royauté est menacée, dès 1787, son rôle pourtant s’affirme. Elle devient la conseillère politique de Louis XVI. Nouvelle erreur.
Versailles est envahi tandis que le premier dauphin meurt enfant.
La famille royale en semi-liberté aux Tuileries, Marie-Antoinette poursuit ses contacts à l’étranger, alors même que la France est en guerre, et a un but : sauver la monarchie.
Mirabeau dira d’elle « Le Roi a un seul homme. C’est sa femme. »
C’est la fuite à Varennes. Ironie du sort, elle est la « Baronne de Korff » tandis que Louis XVI est son valet.
Plus Reine que le Roi. C’est ce qu’on lui reproche.
La Monarchie tombe le 10 Août 1792 et les cheveux de la reine, dit-on, blanchissent en une nuit.
Le peuple assoiffé de sang, poursuit la famille royale de sa vindicte jusqu’à l’ultime sacrilège : Le Roi est guillotiné le 21 janvier 1793 à la stupeur des nations.
Convaincue d’intelligence avec l’ennemi, accusée lâchement par Hébert de relations incestueuses avec le petit Dauphin, son procès inique et son supplice le 16 Octobre 1793 forgeront sa légende.
Le Barreau de Paris en renonçant à l’hermine, porte encore son deuil.
Le destin tragique de Marie-Antoinette a déjà fait couler beaucoup d’encre mais force est de reconnaître que l’exposition, par son atmosphère dramatique, son élégance et la beauté des œuvres présentées, lui rend un singulier hommage.


Lisa Strelli


A ne pas manquer :

  • Le décor de Robert CARSEN dans la première phase de la vie de Marie-Antoinette et son accession au Royaume de FRANCE
  • Les portraits de Mme VIGEE LE BRUN :
    • M.A. en grand costume de Cour
    • M.A. et ses enfants
    • M.A . au livre
    • M.A. en chemise ou «en gaulle » portrait présenté au salon de 1783
    • M.A . à la rose
  • Le portrait de M.A. par Aleksander KUCHARSKI
  • Les bustes de M.A. par LEMOYNE et BOIZOT
  • Les sièges de JACOB
  • Les meubles de RIESENER comme le secrétaire à cylindre en nacre
  • La reconstitution en trompe l’œil du jardin à l’anglaise
  • Les libelles contre la famille royale et les caricatures de M.A.
  • La partie basse de l’exposition : les vitres brisées et la reconstitution du collier de la reine
  • Le portrait de M.A. conduite à son supplice par DAVID.