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Mantegna au Louvre

Du 26 Septembre 2008 au 9 Janvier 2009 Le Musée du Louvre consacre au très célèbre Andréa Mantegna une exposition riche d’enseignements et de découvertes.



Mantegna (Isola di Carturo 1431 - Mantoue1506) est un des précurseurs les plus emblématiques de l’avènement de la Renaissance italienne.


Marqué intensément par le sculpteur florentin Donatello, influencé dans sa jeunesse par l’illustre famille de peintres Bellini dont il épouse la fille, il reçoit d’Antonello Da Messina qui l’introduit en Italie, le secret de la peinture à l’huile qui va révolutionner la technique de son temps.
C’est à Padoue, centre de rayonnement des arts, proche de Venise qu’Andrea Mantegna fait ses premières armes sous la férule de Francesco Squarcione, férule dont, après avoir démontré son immense talent précoce, il va assez vite se libérer pour imposer son propre style inimitable de peinture, tout à la fois héroïque et monumental, aux confins de la Rome antique et de la Florence triomphante des arts et des lettres.
A 19 ans, sa réputation est déjà établie à la Cour de Ferrare. Des portraits d’une merveilleuse facture réalisés à cet âge et présentés dans l’exposition révèlent son génie qu’il exprimera jusqu’aux derniers jours de sa vie, soit quasiment pendant 60 ans. Dans le sillage de Donatello, il se livre dès sa jeunesse à une véritable mise en scène antiquisante dans ses portraits de groupe, et surtout, introduit la perspective, qui deviendra saisissante dans son « christ mort ».

La rencontre de Mantegna avec Giovanni Bellini : Au cœur de la mutation artistique de la Renaissance.

Un événement privé vient ensuite bouleverser sa vie et marquer son art : son mariage en 1453 avec la sœur de Giovanni Bellini, peintre prodige lui aussi, avec lequel il partagera les premières années essentielles de sa maturité.
C’est l’époque où il réalise la délicate figure de « Sainte Justine de Padoue » (1453-1455) à l’opposé de la manière austère qu’il adoptera ensuite et qui fera sa renommée. Le parcours proposé passe de la Sainte Justine de Padoue au tableau si étrange de la mort de la vierge qu’il réalisera plus tard (1460-1464) lorsqu’il sera célèbre à Mantoue. La physionomie vieillie et marquée de la vierge sur son lit de mort à l’extrémité d’un sol au carrelage ocre et blanc incongru par son aspect ordinaire, imposé au premier plan de la composition, s’oppose à la joliesse et à la suavité de Sainte Justine toute d’or et de rose, personnage idéalisé de légende.
La « Mort de la vierge » est une pièce maîtresse de l’Exposition, car, au delà de ces personnages graves, le regard plonge sur une vue du paysage de Mantoue qui renforce le mystère de la représentation et contribuera à la gloire de l’Artiste.
Avec Giovanni Bellini auquel une partie de l’Exposition Mantegna est d’ailleurs consacrée, sa peinture va partager un temps, une atmosphère de lumière, la délicatesse et la vivacité des couleurs.
Mais dès les années 1460, après s’être influencés l’un l’autre, Mantegna et Bellini séparent leur destin d’artistes.
Déjà auparavant, on reconnaissait la facture plus sévère de Mantegna, ainsi que ses compositions glorieuses et intimidantes au regard de la finesse et de la subtilité plus confidentielles des peintures de Giovanni Bellini.

La manière de Mantegna

Tandis que L’adoration des Bergers (1455-1456) fait vivre de façon saisissante la légende biblique, les visages des orants et des souffrants fascinent. Avec la prière au jardin des Oliviers (1456-1459) Mantegna atteint l’apogée de son art. Les figures sont dramatiques et les physionomies à l’expression marquée du génie de la leçon du sculpteur Donatello.
En arrière-plan, dans une perspective si nouvelle pour le siècle, des paysages et une architecture qui symbolisent à jamais pour le profane, le charme intense et les verts mystérieux de l’Italie des grands Maîtres.
La « prédelle » de San Zeno de Vérone (triptyque) qui retrace la passion du Christ est remarquable dans l’œuvre.
La crucifixion (1456-1459) pièce majeure du triptyque, captive l’attention par sa symétrie draconienne accentuant le tragique de la mise en scène et la solennité du supplice. La « circoncision », épisode peu connu des premiers jours du Christ (1460-1464), témoigne aussi du génie et de la précision de Mantegna dans le rendu des ors et des décors. Avec « l’adoration des mages » (1495-1500) et « la vierge et l’enfant avec Saint Jean Baptiste enfant, Saint Zacharie et Sainte Elisabeth » (vers 1490) , les visages ciselés par Mantegna, si vrais, si profonds, deviennent inoubliables. Ils signent sa présence charismatique dans l’Italie de la fin du XVème siècle, déchirée entre Inquisition et Renaissance.
Son Saint Sébastien représenté avec un corps ployé et les yeux levés vers l’infini sur fond de ruines antiques, qui annonce le maniérisme, contraste avec un Saint Sébastien plus tardif à l’attitude rigide et à l’expression réaliste.
Au crépuscule de sa vie, sa peinture exprime la souffrance de la destinée humaine avec le « Christ de piété soutenu par un séraphin et un chérubin » (1485-1490).
Près de sa mort, dans les années 1500 à 1506, « l’Ecce H omo » et le « Baptême du Christ » livrent un univers sombre et torturé loin de la sérénité surnaturelle et de la grâce de la même scène du baptême peinte par Piero Della Francesca.

La sujétion de l’artiste aux Ducs de Mantoue

Parmi les œuvres majeures réalisées par Mantegna pour ses riches commanditaires, comment oublier la « chambre des Epoux » fresque de renommée mondiale – et plus tard la « vierge de la victoire » et le « Parnasse » présents quant à ces derniers dans la rétrospective. Peintre célébré de son vivant et si orgueilleux de son génie humaniste, Mantegna devait pourtant, sa vie durant, souffrir de sa dépendance aux générations successives des Gonzague de Mantoue et surtout en dernier à Isabelle d’Este avec laquelle il ne s’entendait pas.
L’exposition révèle que cet homme qui vivait comme un prince, craignant sans cesse d’être pris sur le fait, ou dénoncé du fait de l’exclusivité qui lui était imposée, faisait en secret exécuter des gravures de ses œuvres afin de faire connaître son art en dehors de Mantoue et le propager comme il en rêvait.
Le « combat des Dieux marins » témoigne du reste de la virtuosité extraordinaire de Mantegna et de sa scénographie, même en gravure dont il est rapporté qu’il a été l’un des inventeurs et peut-être le premier.


Un parcours peu commun qui mêle le divin à une humanité bouleversante.

Lisa Strelli