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Un demi-siècle d’existence pour la Ve République

La Ve République a 50 ans depuis le 4 octobre 2008. Certes, cet âge ne fait pas d'elle le régime le plus long de l'histoire de France. Mais elle n'est devancée que par la IIIe République et, évidemment, l'Ancien Régime. Alors que Nicolas Sarkozy amorce la réforme tant attendue des institutions et irrite toujours par son omniprésence, les enjeux politiques et économiques sont nombreux. Mais son cinquantenaire d'existence l'a prouvé, la Ve République sait s'adapter.



Un demi-siècle. C’est l’âge qu’a fêté la Vè République le 4 octobre 2008. 50 ans de crises et d’avancées, d’évolutions et de régressions. Et la crise, la Ve République connaît. Dès ses fondements. Lorsque le Général de Gaulle est rappelé au pouvoir, à la fin des années 50, le pays se trouve confronté à une crise de légitimité importante, destabilisé jusqu'au sommet par la question algérienne. La IVe République n'apparaît plus comme la solution aux problèmes de la Nation. Le gouvernement fait alors confiance au seul homme semblant encore disposer du charisme nécessaire au consensus. On assiste donc, le 4 octobre 1958, à la naissance de notre constitution actuelle, prébiscitée par référendum le 28 septembre avec plus de 80% de “oui”. Seules quelques voix s’élèvent à gauche contre ce nouveau texte constitutionnel. Pierre Mendès-France et François Mitterrand en tête. Celui-là même qui fut plus tard pensionnaire de l’Elysée pendant 14 ans (1981-1995) avait écrit l’un des textes les plus critiques à l’encontre du régime : “Le coup d’Etat permanent” (1964).

Un régime présidentialiste sans l’être

Mais c'est aussi et surtout le début d'une longue tradition de présidents forts, à la personnalité affirmée. Adulés ou honnis, ils ont tous contribué au retour du Président de la République sur le devant de la scène politique. Le Général de Gaulle l'avait annoncé, le président devait retrouver des attributions et un pouvoir conformes à son statut. Il devait être la clé de voute des Institutions. Pour le légitimer, l'adoption, en 1962, du suffrage universel direct pour l'élection du Président de la République est le premier fait d'armes retentissant du chef de l'Etat. Le Président est désormais celui des français et, dans le même temps, le principal responsable devant le peuple.


Dès lors, le Chef de l'Etat centralise la plupart des critiques et griefs liés aux politiques, plus ou moins populaires, menées par les gouvernements. Des six présidents, aucun n’y aura échappé. De Pompidou à Sarkozy en passant par Mitterrand ou Jacques Chirac, la Ve République a été marquée par des hommes toujours controversés mais fascinants. Qu'on se le dise! le Président est de retour. Il agit et mène les différents combats d'actualité sur le plan national et international, mais peut parfois subir le désavoeu de ses électeurs. François Mitterrand menant le pays sur la voie de l'Europe, Sarkozy semblant réussir là où de Gaulle avait échoué, en réformant le Sénat, Chirac proclamant la dissolution de l'Assemblée Nationale et s'opposant plus tard à la guerre en Irak, le Président est un acteur prépondérant et charismatique. Il intervient, s'impose, quitte à forcer le passage. De là à parler de République Présidentielle, il n'y a qu'un pas. Un pas que certains spécialistes ont franchi sans se formaliser des “cohabitations”. Véritable "mise au placard" du pouvoir exécutif, elles sont un fait caractéristique de la Ve République. Elles n’ont que ponctuellement et partiellement remis en cause la prépondérance de la charge présidentielle, n'en déplaise au Premier Ministre issu d'une majorité légitime mais de couleur politique différente.

Un régime stable, favorable à la construction européenne

Mais la Ve République a aussi été celle de la France qui se démarque sur le plan international et se révèle comme un acteur majeur de la scène européenne. La constitution de 1958 a évolué, au gré des avancées de la construction européenne. Née au lendemain du traité de Rome, elle a subi le transfert progressif de souveraineté vers Bruxelles. A droite comme à gauche, la question européenne s'est révélée centrale. L'Europe a tantôt fait peur, tantôt attiré. Elle a surtout contribué à la diffusion d'un brouillard institutionnel éloignant les Français de leurs représentants comme en atteste l’augmentation inquiétante de l’abstentionisme.


Avec plus d'une vingtaine de revisions en 50 ans, la constitution a déjà beaucoup changé. Pourtant, elle est encore jeune, comparée à certaines de ses soeurs dans le monde. Mais la République du Général de Gaulle a manifestement vieilli. Au point de se voir contestée de manière plus ou moins récurrente depuis quelques années. Alors que l'Europe semble dans le flou et la France décidée à changer, la constitution de 1958 va devoir prouver, une fois encore, qu'elle peut répondre aux critères de fonctionnement d'une démocratie moderne et dynamique. Les défis qui attendent nos dirigeants sont autant de pentes glissantes et dangereuses. Mais nous l'avons déjà dit, l’adaptation, la Ve République connaît...

Nicolas Murillo (avec la participation de Sébastien Tronche)

Genèse de la constitution

D’ordinaire, la France accouche péniblement de ses constitutions. Du 29 mai 1958, date à laquelle le président René Coty rappelle Charles de Gaulle au pouvoir au 4 octobre 1958, trois mois seulement ont suffi à fournir à la France une constitution express, dont la paternité est attribuée à Michel Debré.

  • 1er juin 1958 : L’Assemblée nationale accorde son investiture au général de Gaulle, qui devient Président du Conseil.
  • 3 juin 1958 : Vote par l’Assemblée nationale de la loi constitutionnelle portant dérogation transitoire aux dispositions de l’article 90 de la Constitution de 1946.
  • 12 juin 1958 : Début des travaux de la réforme constitutionnelle.
  • 29 juillet 1958 : Le général de Gaulle présente l’avant-projet de Constitution au Comité consultatif constitutionnel. Ce dernier étudie les diverses dispositions du texte jusqu’au 14 août.
  • 27-28 août 1958 : L’avant-projet constitutionnel est soumis au Conseil d’État par Michel Debré.
  • 3 septembre 1958 : Le projet de Constitution est adopté par le Conseil des ministres.
  • 4 septembre 1958 : Le général de Gaulle présente le projet aux Français dans un discours à Paris, place de la République.
  • 28 septembre 1958 : Les Français adoptent le projet constitutionnel par référendum.
  • 4 octobre 1958 : Promulgation de la Constitution.

Pour aller plus loin :

  • Articles de presse de l’année 1958
  • La Constitution de la Ve République – Réflexions pour un cinquantenaire, Pascal Jan (dir.), Les Études de la Documentation française, La Documentation française : 2008
  • Constitution française du 4 octobre 1958 (révision de juillet 2008), Documents d'études n° 1.04, La Documentation française : 2008
  • La Ve République pour les Nuls, Nicolas Charbonneau, Laurent Guimier, First Editions, 2008
  • Histoire secrète de la Vè République, Roger Faligot, Jean Guisnel, La découverte, 2006