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Le défi européen de Nicolas Sarkozy

La ratification du traité de Lisbonne bat de l’aile au moment où la France prend la tête de l’Union Européenne pour six mois. Un défi sur lequel Nicolas Sarkozy a fondé beaucoup d’espoirs… qui laissent place aux craintes. Le pragmatisme du président Français va être mis à rude épreuve. Enjeux et obstacles d’une présidence commencée le 1er juillet.



Le couple franco-allemand, pierre angulaire de la construction européenne, n’est plus depuis 2003. Les divergences avec ses homologues européens sur la position à adopter vis-à-vis de la guerre en Iraq l’a affaibli. Le « non » français de 2005 à la Constitution européenne a fini d’ébranler une certaine idée du rôle de la France. Or Nicolas Sarkozy souhaitait la faire évoluer en six mois de présidence à l’UE. Préparée de longue date et inaugurée dans l’apparat - spectacle sur la tour Eiffel, projections sur le Palais Bourbon…-, la présidence française ne prévoyait pas la dernière « péripétie » irlandaise. En effet, il avait été élaboré un programme - « l’Europe protection » - en quatre points : Immigration, Environnement, Défense et PAC (politique agricole commune). Mais de sérieux aléas ont bouleversé les plans du président français qui va désormais devoir improviser.

« Non » irlandais :fin des ratifications ?

Trois ans après le double refus franco-hollandais du Traité dit « constitutionnel », la machine est encore en panne. Pour la relancer, Nicolas Sarkozy soutenait le Traité de Lisbonne. Sa non ratfication par l’Irlande remet fortement l’avenir proche de l’Europe en question. Car même texte, même orientation, même distance avec les citoyens : même résultat. Les Européens n’ont pas confiance en l’Europe qui se construit, loin d’eux. Aussi les pontes de Bruxelles, en chœur avec les chefs d’Etats français, italien et espagnol, auraient-ils voulu passer rapidement outre et continuer les processus de ratification. La Pologne ne l’a pas vu du même œil. Le président Lech Kaczynski a ainsi annoncé qu'il ne ratifierait pas le Traité de Lisbonne, "sans objet" selon lui, après le non irlandais. Le président tchèque semble pencher dans la même direction alors que le processus s’embourbe également en Allemagne.

L’immigration comme entrée, le pragmatisme comme plat de résistance

Pour la France, le plus dur commence et les défis sont nombreux. Parmi les axes de travail annoncés, deux dossiers sont particulièrement sensibles. L’immigration, sujet des plus épineux, risque fortement de créer des tensions. Sous la houlette du tandem Sarkozy-Hortefeux et de Berlusconi, le président du conseil italien, le thème, annoncé comme prioritaire, a été nommé "La gestion globale et concertée des migrations". Le conflit est ainsi latent entre l’Espagne d’un côté, et la France et l’Italie de l’autre. Le ministre français en charge du dossier a présenté les 7 et 8 juillet un « pacte européen pour l’immigration ». Toujours dans la même idée, « les 13 et 14 juillet 2008, les 44 pays du nord et du sud de la Méditerranée se retrouveront pour faire le point sur les futurs contours de l’Union pour la Méditerranée. » (touteleurope.fr) Ce projet, cher au président français, ne fait pas l’unanimité à Bruxelles, loin de là. De surcroît, le caractère du président français énerve ses homologues et fait peur aux diplomates bruxellois, habitués à des mœurs différents. Autre sujet de discorde, historique celui-là, la politique agricole commune qui, une fois de plus, devrait mettre à jour certaines fractures au sein de l’Union. Nicolas Sarkozy souhaite engager « une véritable refondation en profondeur » de la PAC « sans attendre l’échéance de 2013. »
Face aux difficultés, il faut innover - le quotidien allemand Der Spiegel titrait le 1er juillet : Nicolas Sarkozy réagit avec un hyper-ordre du jour forcé-. Dans cette optique, Sarkozy a aussi annoncé deux "actions concrètes": un plan européen de lutte contre la maladie d'Alzheimer et un "Erasmus" pour la mobilité des jeunes apprentis. Il a également rappelé son souhait de baisser la TVA à 5,5%, notamment sur la restauration. Dossier sur lequel la France se bat vainement depuis quelques années. Pragmatisme toujours, le pensionnaire de l’Elysée s’attaque aux taxes sur le pétrole, proposant d’en abaisser le taux.

« La France ne renonce pas à laisser une trace de sa présidence de l'UE »

Derrière des discours « rassurant », Nicolas Sarkozy rappelle « qu’on attend de l'Europe qu'elle protège les Européens contre les risques que fait peser la mondialisation ». El Pais soulignait ainsi la position protectionniste du président français avant d’analyser : « malgré le "non" Irlandais, malgré la crise économique, la France ne renonce pas à laisser une trace de sa présidence de l'UE. Il suffit pour cela de voir la tour Eiffel colorée de bleu pour se rappeler que la présidence française d’une Europe farouche et revêche coûtera un million d'euros par jour au contribuable français. »

Des projets et des obstacles tous azimut, une crise relancée par l’arrêt des processus de ratification du traité de Lisbonne, un projet européen toujours aussi incompris des 495 millions d’européens : Nicolas Sarkozy affronte sa première épreuve internationale de taille. Avec comme enjeu, l’avenir de l’idée européenne.

Sébastien Tronche

La Présidence française de l'Union européenne a débuté le 1er juillet 2008. La France succède à la Slovénie et précède la République tchèque.

La présidence du Conseil de l'Union européenne

Chaque Etat membre assure la Présidence du Conseil de l'Union européenne à tour de rôle pendant 6 mois. Lorsqu'un Etat membre assure la Présidence du Conseil de l'UE :

  • son chef d'Etat ou de gouvernement préside le Conseil européen qui se réunit au moins 2 fois par an pour fixer les grandes orientations et donner l'impulsion politique ;
  • ses ministres président le Conseil de l'Union européenne qui se réunit plusieurs fois par mois pour prendre les décisions communes qui engagent tous les Etats membres.
La Présidence du Conseil joue un rôle primordial dans l'organisation des travaux. Au début de chaque semestre, le pays qui a la charge de la présidence détermine ses priorités et le calendrier des travaux. Assurer la Présidence ne confère pas d'autres droits particuliers : pour les votes, chaque pays garde le nombre de voix qui lui est attribué.

S.T.

Calendrier prévu jusqu'en 2012 :


France juillet - décembre 2008
République tchèque janvier - juin 2009
Suède juillet - décembre 2009
Espagne janvier - juin 2010
Belgique juillet - décembre 2010
Hongrie janvier - juin 2011
Pologne juillet - décembre 2011
Danemark janvier - juin 2012
Chypre juillet - décembre 2012