L’immigration à l’épreuve de l’(in)humanité
Depuis un an, Brice Hortefeux, ministre de l’immigration, tente de faire la lumière sur un sujet longtemps dénié car « politiquement incorrect ». Il se félicite de son bilan, chiffre ses résultats et présente son pacte européen. La place n’est pas aux sentiments. Il veut une immigration équilibrée, ferme et juste, qu’importe la sensibilité de chacun.

Longtemps connu comme le « principal lieutenant » ou le « porte-flingue » de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux est, aujourd’hui, sur le devant de la scène. Depuis un an à la tête du Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, il alimente la polémique. Cette fois encore.
La France, terre d’accueil, n’est plus. Aujourd’hui, c’est l’immigration économique et non plus celle des familles. Trop longtemps privée des « cerveaux » français, partis, ailleurs, à la recherche de situations plus valorisantes, la France compte redorer son blason. Elle choisit son immigration, elle choisit ses talents. Mais la France manque de place et renvoie les autres, les « sans papiers ». Immigration, quotas et identité nationale sont pourtant des mots qui dérangent et que l’on s’acharne à dénoncer. Mais, lui, l’homme blanc, reste de marbre, et malgré l’indignation croissante, se félicite des derniers chiffres. Les reconduites à la frontière sont plus nombreuses qu’auparavant. « En une année, c’est-à-dire du 1er Juin 2007 au 31 mai 2008, nous avons reconduit dans leur pays d’origine 29 729 immigrés clandestins », affirme Brice Hortefeux lors de son discours à la presse du 19 juin dernier. Le pari est gagné. Tel est le tableau simpliste contre lequel des voix s’élèvent. De plus en plus. Il veut des résultats, tel un chef d’entreprise, quand le sujet appelle une écoute et de la compassion. Mais au fait, Fadela Amara et Rama Yade sont-elles vraiment en situation régulière? On nous pardonnera cet humour...noir. Et même dans ce cas, n’auraient-elles pas leur mot à dire ? Avoir ses « bons immigrés » pourrait donc justifier d’expulser tous les autres, les petits, les sans-grade...
Professionnel ou bourreau ?
Si pour beaucoup, Brice Hortefeux a le physique de l’emploi, il importe peu d’associer la politique à l’homme. Lui ou un autre… Il n’est ni plus ni moins l’exécuteur des basses œuvres. Puisqu’il en faut bien un ! sans compter les moyens employés. Pour preuve, les si décriés tests ADN. Le comité national d’éthique devrait d’ailleurs rendre un « avis défavorable » sur le décret d’application du dispositif prévu par la loi du 20 Novembre 2007. Accusé d’instituer une présomption de fraude, le texte prévoit la possibilité, pour les candidats au regroupement familial, de prouver leur filiation avec l’un des parents à l’aide d’un test génétique. Mais ce ne sera pas le seul obstacle. On se souvient de ce grand-père arrêté devant son petit-fils à la sortie des classes, de cette femme qui s’est défenestrée de peur d’être, à son tour, reconduite dans son pays d’origine ou encore de ces enfants privés de leurs parents expulsés. C’est le cas d’un petit garçon de 11 ans d’origine ivoirienne qui, déjà séparé de sa mère, décédée, est désormais privé de son père en situation irrégulière. Ces « faits divers »-là, les mêmes que l’opinion déplore face à des média qui « jouent » sur l’émotionnel, ce sont eux qui font parfois pencher la balance.
Immigration : le mot tabou

Parce qu’il est toujours associé aux drames humains, à la xénophobie ou au racisme, ce terme fait peur. Pourtant, derrière lui, se cache aussi une lutte contre la « traite des immigrés clandestins ». Celle qui fait des milliers de morts chaque année, envoyés sur des embarcations de fortune avec la promesse irréalisable de rejoindre les côtes de la liberté. Très récemment encore, cinquante personnes, parties de Libye, ont trouvé la mort, emportées par les vents, fait savoir l’hebdomadaire tunisien Assabah al Ousboui. Or, c’est aussi cela que combat la politique de Brice Hortefeux. « Lors des 5 premiers mois de 2008, 36 filières ont été démantelées. Depuis juin 2007, 3 939 « aidants » à l’immigration clandestine ont été arrêtés, soit une hausse de +28,5% par rapport à la période allant de juin 2006 à mai 2007 », précise-t-il. Et ajoute : « les premières victimes de l’immigration clandestine sont, avant tout, les immigrés clandestins eux-mêmes. Notre politique de grande fermeté face à ceux qui les exploitent constitue, ainsi, une politique de justice et d’humanité », se défend-il.
Mais plus encore, La France, Etat de droit, impose en contrepartie le respect de ses règles, notamment en matière de droit du travail. 8,3% des Français sont au chômage. Si le chiffre est en baisse, le constat est encore alarmant. Or, le nombre de clandestins se situe autour de 300 000, autant de travailleurs potentiels en situation irrégulière. Mais Brice Hortefeux tente de rééquilibrer les chiffres : « S’agissant des employés étrangers en situation illégale, depuis juin 2007, nous en avons interpellé 3 633 ». Et rappelle : « qu’il y a à Paris 110 202 demandeurs d’emploi : 88 388 Français et 20 814 étrangers en situation légale. Parmi ces étrangers, 507 cherchent un emploi de cuisinier, 2 124 cherchent un emploi d’agent d’entretien. Faudrait-il leur demander de passer leur tour, en donnant la priorité aux étrangers clandestins au seul motif qu’ils se mettent en grève ? Il n’en est pas question ! Je le dis donc aussi sereinement que clairement : il n’y aura pas, en France, de prime à l’illégalité ». Pour le moment, sur les quelque 1 500 dossiers reçus par les préfectures d’Ile de France, 400 personnes seulement ont fait l’objet d’une régularisation. Politique trop sévère ? Brice Hortefeux s’en défend, il ne jure que par l’équilibre.
Pour une immigration concertée
Promouvoir l’immigration professionnelle et maîtriser l’immigration familiale tel est l’objectif à atteindre pour les 27 de l’Union européenne (UE). Les 7 et 8 juillet derniers, Brice Hortefeux présentait son « pacte européen pour l’immigration ». Parce que l’UE est un espace de libre circulation, il était nécessaire d’harmoniser les politiques d’immigration. 5 priorités : Organiser l’immigration légale en favorisant l’intégration, lutter contre l’immigration irrégulière, les Etats s’engageant à ne pas procéder à des régularisations générales, améliorer l’efficacité des contrôles aux frontières, notamment par le recours à la biométrie, poser les fondements d’une Europe de l’asile, en réaffirmant un devoir de solidarité et construire un partenariat avec les pays d’origine et de transit afin de favoriser la dimension économique de la migration. Amendé mais approuvé à l’unanimité par les ministres européens, le pacte constitue pour le gouvernement français, un premier succès. Pourtant, le « camouflet » de la Commission Mazeaud, chargée d'étudier « le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d'immigration », n’augurait rien de bon. « Des quotas migratoires contraignants seraient irréalisables ou sans intérêt », selon les membres de cette commission, dans la synthèse d'une version non définitive de leur rapport (AFP). Quoiqu’il en soit, cette politique sévère est toujours dénoncée dans l’opinion - certains parlent déjà de « traite de l’intelligence » - et on cherche en vain, la place accordée à l’humanité. On s’inquiète : le durcissement des conditions d’entrée sur le territoire ne laisserait-il pas présager l’apparition de stratagèmes plus dangereux encore pour passer les barrières frontalières ?
Faustine Calmelet
