Le pouvoir d'achat au théâtre
Monique est demandée caisse 12
de Raphaël Mezrahi

Plus qu’une simple représentation, Monique est demandée caisse 12 s’apparente au spectacle hybride mêlant théâtre, comédie musicale et télévision. Tous les arts sont ici poussés à leur comble : art classique - violon - et procédés modernes - écrans plasmas - . Ce pêle-mêle fait voyager le spectateur qui redécouvre ainsi les figures de sa jeunesse .Construite autour de Monique, le fil conducteur, la pièce est faite de petites histoires. Ce procédé rappelle, naturellement celui utilisé pour le film : On connaît la chanson d’Alain Resnais.
« Le supermarché, c'est la plaque tournante du monde » : habile jeu de mots faisant référence au nom du théâtre où se joue la pièce « Le Rond-Point ».
Il s’agit ici de l’exacte reproduction d’un supermarché Casino avec un échantillon des articles les plus vendus : boîtes de conserve - premier article évoqué en référence au pop art et à Andy Warhol -, viande, poisson, articles de ménage. Le clou du spectacle : les spectateurs repartent un sac de provisions à la main.
Mais Raphaël Mezrahi va encore plus loin. Des jeans Rica Lewis sont vendus lors de cette reconstitution réaliste du supermarché. Celui-ci apparaît donc comme à la dernière mode -jusque dans son analyse des vêtements des personnages « Vous ne ressemblez pas à une poissonnière » dit-on à Eléonore -. Le sigle se retrouve sur les affiches du spectacle. Il n’est plus rare que des pièces de théâtre - copiant en cela le cinéma - fassent appel à des sponsors pour survivre face à une concurrence de plus en plus vive. Là où ils étaient dissimulés auparavant, ils sont désormais plébiscités. La dernière chanson présente le spectacle de façon tridimensionnelle : artistique, culturel et commercial. Les mœurs ont changé, un désir de gagner de l’argent s’affiche, quelle que soit par ailleurs la valeur artistique du projet.

Et, en l’occurrence, il y a quelque chose d’entraînant dans cette habile alternance de chansons comiques et de chansons plus profondes . Quelque chose de pertinent et de critique par des références à l’actualité politico-économique et à la culture collective -nostalgie des chansons et de la télévision des années 1980-1990 marquée par exemple par les émissions de Pierre Bellemare. Celui-ci pousse le clin d’œil jusqu’à présenter les personnages de la pièce comme ceux de ses histoires sur le petit écran -. Quelque chose de drôle aussi (le tandem Augustin-Piotr revisite un archétype de la comédie : celui du maître et du bouffon symbolisé par le rapport patron-employé). Et enfin, quelque chose de novateur, le metteur en scène justifiant ses choix au public, peut-être une manière de dire aux spectateurs : au cas où vous n’auriez pas compris la pièce, nous allons vous l’expliquer et en faire la promotion : « Inutile d’en parler autour de vous. De toute manière, nous sommes complets ».
Cette pièce n’est malheureusement plus à l’affiche. Mais c’est irrésistiblement que nous voulions la présenter. Raphaël Mezrahi fait courir le bruit qu’elle sera de nouveau en représentation dès septembre dans une autre salle parisienne. Nous vous tiendrons informés.
Orlando Duchamp
