Accueil

Interview de James Albanhac,
consultant en RH auprès de la grande distribution

« La loi LME va dans le bon sens, celui de l'intérêt collectif. »


Au Marbre: Pour avoir travaillé auprès de plusieurs enseignes de la grande distribution, vous connaissez particulièrement bien ce monde. Que penser du contexte actuel? Peut-on parler d'une guerre entre le petit commerce et les hypermarchés?
James Albanhac: Non. C'est un mythe, une fausse querelle. Au moment de l'émergence des grandes surfaces, dans les années 1970, on avait déjà hurlé à la mort des petits commerçants. Aujourd'hui, ils sont toujours là et ils se portent bien.


A.M.: Et les fournisseurs? Ne pensez-vous pas que le développement des hypers peut étrangler les producteurs?
J.A.: Encore une légende. D'ailleurs en 1890, on disait exactement la même chose des grands magasins comme la Samaritaine. Mais les producteurs sont beaucoup moins vulnérables qu'on ne le dit. A l'étranger, les magasins ont beaucoup plus de liberté et les fournisseurs n'en pâtissent pas.


A.M.: Alors pourquoi cette animosité à l'égard des grandes surfaces?
J.A.: Cette prétendue menace a été instrumentalisée. D'abord à des fins électorales: les élus ont voulu s'attirer le soutien des commerçants, essentiel dans une campagne électorale.

Ensuite, l'épouvantail de la mort du petit commerce a servi à créer des rentes de situation. La loi a strictement limité l'implantation des hypers en bordure des villes, ce qui a créé une aubaine pour celles qui y étaient déjà présentes. Mais en définitive, c'est la liberté du commerce, la concurrence et le pouvoir d'achat qui ont été les premières victimes de cette politique.


garfield

A.M.: Dans ce contexte, que pensez-vous de la loi de modernisation de l'économie qui assouplit les règles d'implantation des grandes surfaces et leur donne plus de liberté dans la négociation?
J.A.: Je trouve qu'elle va dans le bon sens. Depuis longtemps, il fallait accroître la liberté d'installation des grandes enseignes, la liberté de négociation des prix des ventes et réduire les délais de paiement des producteurs. C'est l'esprit de cette loi: la procédure d'autorisation d'implantation des détaillants est déclenchée à partir de 1000m² de surface et non plus 300m², la fixation des prix est assouplie, les délais de paiements entre entreprises sont réduits à 60 jours maximum.
Cela va dans le sens de l'intérêt collectif puisque la concurrence en sera accrue et les prix seront donc tirés à la baisse.
Mais les effets de la loi ne seront sans doute pas immédiats.


A.M.: Et que faites-vous de la destruction du paysage en périphérie des villes?
J.A.: C'est un désastre. Ce qui a été construit jusqu'ici défigure l'entrée des villes. Mais les règles d'implantation ne sont pas la cause de cette dérive. Ce sont les normes architecturales qui doivent être revues.

Propos recueillis par Adrien Valmont