OGM : quels risques pour quels bénéfices ?
Chaque avancée scientifique a défrayé sa chronique. De débats en débats, jusqu’à l’Assemblée Nationale, c’est au tour des OGM. Ne doit-on pas laissé sa chance à la science ?
Après avoir été rejeté une première fois à l’Assemblée Nationale par le biais d’une question préalable déposée par l’opposition, le projet de loi OGM a finalement été adopté jeudi dernier.
L’absentéisme à l’origine du rejet initial ne semble avoir été qu’un vulgaire moyen pour les députés de la majorité de lancer un signal fort au gouvernement. On ne peut que regretter la confusion des genres.
Le problème OGM ?
Cela fait maintenant plusieurs années que les militants, suppôts des grandes multinationales et faucheurs du dimanche en tête, s’affrontent à la ville et aux champs sur les questions ayant trait aux cultures de plantes génétiquement modifiées.
Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, et en écartant les questions éthiques que pose le brevetage du vivant, auxquelles il faudra bien un jour apporter des réponses, le principal reproche qui peut être formulé aux OGM repose sur le risque de dissémination. Le gène introduit artificiellement dans la plante est susceptible d’intégrer d’autres organismes vivants. C’est un risque réel, aujourd’hui difficilement mesurable, et qui peut alimenter une vraie psychose dans la mesure où tout ce qui a trait à la génétique fascine puisque l’on touche à la programmation même du vivant, au code source universel des règnes animal et végétal.
La nature apprivoisée...
C’est bien le rapport de l’homme à la nature dont il est ici question. Nous vivons dans un environnement dont nous sommes partie intégrante. Mais doués de facultés intellectuelles puissantes, nous pouvons dépenser du temps et de l’énergie à le comprendre, le connaître pour mieux l’exploiter, en vivre, améliorer notre qualité de vie, siècles après siècles, mais aussi pour mieux le protéger, ce qui reste une préoccupation relativement récente.
Pour mieux connaître notre environnement terrestre, l’homme est perpétuellement en interaction avec ce dernier et fait des expériences. La recherche a ainsi vocation à explorer l’infiniment grand et l’infiniment petit pour mieux décrypter les mécanismes du vivant. Manipuler les gènes, c’est manipuler le vivant. Mais toucher aux organes ou aux cellules, les greffer, les réparer, les synthétiser artificiellement, c’est également toucher au vivant. Cultiver des céréales et des fleurs, domestiquer des animaux, c’est interférer avec des processus dits « naturels », c’est la marque de l’homme sur la nature.
Et toute action de l’homme possède un caractère expérimental dans la mesure où le niveau de connaissance atteint ne permettra jamais de maîtriser toutes les conséquences de cette action.
Lorsque le chemin de fer a été développé, n’a-t-on pas craint les répercussions que pourrait avoir une vitesse de 30 km/h sur le corps humain ? Le chirurgien qui a réalisé la première greffe du cœur en 1967, mesurait-il toutes les conséquences de son acte ? Jamais l’homme ne pourra entrer en contact avec le vivant ou même la matière en prétendant en maîtriser toutes les répercussions potentielles.
Le risque zéro n’existe pas
Tous les beaux discours et les belles intentions n’y feront rien. Et le principe de précaution n’a donc de sens que si un niveau d’acceptation des dangers courus est défini. La France s’est engagée dans la production du nucléaire, reconnaissant que faire l’impasse sur cette énergie n’était pas raisonnable.
Trouver la juste acceptation des risques. Il en va de même pour les OGM. Ils sont à mettre en balance avec les bénéfices potentiels : économiques, sociaux et environnementaux.
Quelle place pour les OGM dans les grands combats à mener au XXIème siècle ? Dans la lutte contre la faim dans le monde, ou encore pour la protection de l’environnement ?
Le débat public a déjà été largement ouvert, mais il ne doit pas être pollué par des arguments obscurantistes qui voudraient voir l’homme littéralement apposé à la nature. Plus nous nous approcherons de l’infiniment petit, plus nos connaissances seront puissantes et pourront laisser libre court à tous les fantasmes de maîtrise complète du vivant. Plus les dangers potentiels seront importants et plus l’évaluation du niveau de risques à accepter devra être menée avec précaution et humilité.
Bruno Toussaint
