Pétrole : un rébus
Spéculation, conflits géopolitiques, demande trop soutenue, affaiblissement du dollar... Quelle est cette cause qui fait flamber les prix du pétrole ? On ne sait plus où donner de la tête, chacun y va de son interprétation...
C’est la pénurie ! Le pétrole, ce sont les gisements, les plates-formes d’extractions, les industries de raffinage... Mais aussi, la main d’œuvre... introuvable. De 1990 à 2000, des milliers de techniciens du pétrole étaient mis à la porte faute d’investissement – en Amérique du nord seulement, ils étaient 1 million dans ce cas –. Aujourd’hui, les compagnies pétrolières manquent de bras. Les ingénieurs en génie civil et les spécialistes de la stabilité des sols manquent également à l’appel. Mais ce n’est pas tout. La flambée des cours de l’or noir - le bien nommé – et l’épuisement de certaines réserves ont rendu nécessaire l’exploitation de champs pétroliers moins faciles d’accès : ceux des sables asphaltiques du Canada, des schistes bitumeux d’Australie, ou encore, les gisements en eau très profonde aux larges des côtes brésiliennes et angolaises. Depuis, les sous-traitants chargés de la construction de plates-formes, sont sur tous les fronts. Grands gagnants, et débordés, leurs marges d’exploitation sont considérables du fait de chantiers plus techniques et nettement plus coûteux. Avec des délais de construction de plus en plus longs, l’offre ralentit.... Quand la demande augmente...
L’équilibre offre/demande n’existe plus
«Il n’y a plus d’équilibre entre l’offre et la demande. Généralement, lorsque les prix augmentent, la demande décroît. Mais aujourd’hui nous ne constatons pas ce processus», explique Jean-Pierre Favennec, Directeur du Pôle Economie et gestion à l'Institut français du pétrole (IFP). Effectivement, la demande mondiale a augmenté de plus de 8% entre 2003 et 2007. Selon les chiffres publiés par l’Union française des industries pétrolières (UFIP), elle devrait encore progresser de 1 million de barils/jours en 2008, largement tirée par la Chine (+ 400 000). «La Chine et l’Inde sont les deux locomotives. Elles ont des taux de croissance de 10 ou 11% par an, elles ont épuisé leurs réserves nationales et donc importent beaucoup», indique Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’Ufip.
Du côté de l’offre, la situation est radicalement différente. Les pays de l’OPEP ont opéré un véritable changement de stratégie. En 1998, au moment de la crise économique asiatique, le cartel avait décidé, par crainte d’une récession mondiale, de produire le pétrole en masse, entraînant l’effondrement des prix – de 40$ en 1990 à 10$ en 1998 -. Aujourd’hui, les données ont changé et l’organisation n’accroîtra pas sa production. Venezuela, Irak et Nigeria – qui subit des attaques sur les installations pétrolières appartenant à Shell – produisent en dessous de leur potentiel depuis 5, alors même que les pays de l’OPEP dégageront, malgré cela, des profits de l’ordre de 980 milliards de dollars en 2008 - selon l’agence américaine de statistique sur l’énergie (EIA) - ?
Les regards se tournent donc vers la Russie. Mais rien à faire, sa production est en baisse. Le recul cumulé depuis le début de l'année a atteint 0,3 % par rapport à l'année dernière, selon le service fédéral des statistiques. Il n’y a plus de flexibilité. «Le moindre problème géopolitique causera de réels problèmes d’approvisionnement», conclut Jean-Louis Schilansky. Jean-Pierre Favennec tempère cet avis : «les menaces d’attaques contre l’Iran pourraient faire grimper les prix, à l’image de ce qui c’était passé avec l’Irak. Certains y croient, moi non!».
Quoiqu’il en soit, les prix du pétrole augmentent tandis que le dollar s’affaiblit.
Dollar faible et offre en baisse: une conjoncture qui vaut de l’or
Résultats nets des 6 Majors – 2007
Exxon Mobil : 40,61 milliards de $
Royal Dutch Shell : 31,33 milliards de $
Chevron corporation : 18,7 milliards de $
BP : 18 milliards de $
Total : 16,7 milliards de $
Conoco Phillips : 16,4 milliards de $
En toile de fond, la crise des «subprimes» et des investisseurs en recherches de profits. Les «valeurs refuges» : les matières premières avec au premier plan, le pétrole. La crise de l’offre et de la demande devient le pain béni des spéculateurs. «Le marché à terme reflète une situation d’anticipation.Une situation de tensions», explique Jean-Pierre Favennec.
Si, pour beaucoup, la spéculation n’est pas la cause principale de l’augmentation des prix du pétrole, il ne fait aucun doute qu’elle l’amplifie. Mais Jean-Louis Schilansky reste prudent : «Nous ne connaissons pas la part de responsabilité de la spéculation». Mais dans tous les cas, les fonds, qu’ils soient de pension, d’investissement ou spéculatifs, ont débarqué en force sur le marché pétrolier. 250 sont actifs contre une cinquantaine, il y a 5 ans.Les marchés à terme de Londres (ICE) et de New York (NYMEX) jouent donc un rôle dans la détermination des cours. Et retirent, de ce fait, une part du pouvoir à l’OPEP, qui avait, auparavant, le monopole dans la fixation des prix.
Autant de facteurs haussiers donc.
200$, qui dit mieux ?
«Notre boule de cristal est cassée. Nous ne savons pas quand cette tendance s’infléchira», admet Jean-Louis Schilansky, délégué général de l’Ufip.
200 dollars, c’est le prix que pourrait atteindre le baril de brut dans quelques mois, selon certains analystes. Pour Jean-Pierre Favennec, Directeur du Pôle Economie et gestion à l’IFP, ce n’est pas «une hypothèse vraisemblable sur le court terme». Mais tempère, «Si l’objectif est de faire monter les prix pour réduire la demande, ce n’est pas impensable».
En France, le système de la TIPP (Taxe Intérieure de consommation sur les Produits Pétroliers) fait tampon – pour un litre d’essence, 60% du prix correspond aux taxes, 30% au prix du brut et 10% aux coûts d’opération (Extraction, raffinage, transport etc) – . «Toute chose étant égale par ailleurs, l’augmentation du prix du baril ne correspond pas à celle du prix à la pompe. La TIPP – taxe fixe – fait l’effet d’un amortisseur», explique Jean-Louis Schilansky. Au même titre que l’euro fort.
Néanmoins, ces deux facteurs ne compensent pas cette hausse vertigineuse et «il est peu probable que le prix du pétrole retombe à un niveau bas», conclut Jean-Pierre Favennec, directeur du pôle économie et gestion de l’IFP. Nicolas Sarkozy anticipe. Il annonçait, hier sur RTL, la création d’un fonds alimenté par les surplus de TVA sur les produits pétroliers afin de financer les aides aux Français les plus exposés.
Faustine Calmelet
L’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
| Sa création : L'OPEP est créée le 14 septembre 1960 pour pallier la baisse du prix du baril – moins de 5 dollars à l’époque –. Son rôle : L'OPEP cherche à réguler la production et le prix du pétrole en instaurant un système de quotas de production. Les membres constituent donc un cartel. Ils se concertent sur la quantité de pétrole exporté, et influencent donc le prix du marché. En 2005, ses États membres possèdent 78,4% des réserves estimées et fournissent 43% de la production mondiale de pétrole brut. | Ses membres : À l'origine, seuls cinq pays en étaient membres : l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela.
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D’autres importants pays producteurs de pétrole, dont certains sont exportateurs, ne font pas partie de l’OPEP. C'est le cas du Canada, du Soudan, du Mexique, du Royaume-Uni, de la Norvège, des Etats-Unis, de la Russie et d’Oman.

